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La foi selon Djîlânî, 

Bonheur intime que procure la proximité de Dieu

 

Khaled Roumo

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Le texte qui suit est de 'Abd al-Qâdir Al-Djîlânî (Kirkouk 1078 – Bagdad 1167), fondateur de l'ordre soufi  Qâdiriyya qui s’est répandu dans tout le monde musulman et y subsiste jusqu'à aujourd’hui.

L’auteur intègre les versets du Coran (en italique dans le texte) comme si ces derniers représentaient des moments cruciaux dans l’itinéraire des âmes cheminant vers leur Seigneur.

 

" La foi est un oiseau qui vient de l’invisible.

Il descend de l’horizon de

" Il destine Sa miséricorde à qui Il veut "  (1)

Il tombe sur l’arbre du cœur et chante pour l’adorateur les plus délicieuses

mélodies de

" leur Seigneur leur annonce la bonne nouvelle " (2)

Le héraut lança l’appel divin aux esprits, tapis dans des formes corporelles.

Il ranima leur stagnante détermination à atteindre leurs lieux sublimes.

Ce fut alors que ces esprits s’envolèrent sur les ailes de leur ardeur dans

l’immensité de l’amour.

Epuisés par les efforts investis sur la voie, ils se posèrent sur les branches du désir.

A l’aube, ils modulèrent leurs émois, nostalgiques qu’ils furent de la beauté de

" …et Il les prit à témoin " (3) .

[ce verset et les suivants rappellent le temps de la préexistence lorsque les âmes séjournaient encore auprès de leur Créateur et jouissaient de la vision de Sa face. L’ensemble du récit coranique figure en note 3]

Les souffles du vent de la passion les incitèrent à retrouver les délices de

" Ne suis-je pas votre Seigneur ? " (4).

Certains de ces oiseaux sortirent, de leurs cages contenus dans les poitrines, à la recherche des traces de leurs anciennes envolées.

Ils aspiraient à humer un parfum provenant du lieu où ils avaient bénéficié des premiers entretiens.

Ils se rappelaient leur vie à l’ombre de l’arbre des grâces qui leur avaient été dispensées.

Et se plaignaient de la douleur éprouvée, sur terre, suite à leur éloignement de leur Bien-Aimé.

Sache que le bonheur intime que te procure la proximité de Dieu équivaut à l’angoisse de la solitude provoquée par d’autres présences que la Sienne.

Et que ta confiance en Lui est égale à ta connaissance de Lui.

La fleur de la vie terrestre (immédiate) est un voile qui barre l’accès aux règnes ultimes.

Tourner ta face vers Dieu dans l’adoration t’expose à la miséricorde émanant de Sa Face.

Si, au berceau de l’éducation divine, l’enfant de ton intellect atteignait la maturité, il ne se tournerait plus jamais vers la vie terrestre.

Mais il se trouve encore dans le berceau de

" la pensée de nos biens et de nos liens nous préoccupe " (5)

Ô jeune homme ! ouvre l’œil de ton cœur pour célébrer tes épousailles avec les secrets de l’éternité.

Et respire par la résolution énergique de ton âme les souffles de la brise qui vient des délicatesses du destin.

Afin d’éprouver les yeux des gens doués de vision, Dieu - qui transcende Sa création - plaça les figures de l’existence au bord de la mer de cette vie terrestre.

Seront ainsi prémunis contre sa parure des esprits - encore en état d’enfance - mais placés dans les berceaux de la constance.

Ô esprits de ceux et celles qui mettent leur foi en Dieu ! prenez votre envol vers Lui…

Autour de votre désir de Lui, devenez des papillons qui s’empressent vers la lumière.

Demandez-Lui ce que Adam et sa compagne lui avaient demandé :

" Notre Seigneur ! nous fûmes injustes vis à vis de nous-mêmes. Et si Tu ne couvres pas notre nudité et ne nous fais pas entrer dans Ta miséricorde, nous serons certes parmi les perdants ". " (6)

 

Dîwân 'Abd al-Qâdir Al-Djîlânî, Editions Akhbâr Al-Yawm, Le Caire, 1990.

Extraits (pp 234-239) traduits de l’arabe par Khaled Roumo

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(1) Coran  2.105. Toutes les citations qui suivent sont coraniques.

(2)  9. 21.

(3)  7. 172

(4)  Ibid.

(5)  48. 11.

(6) 7,.22.

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