| GÉNÉALOGIE de Normand Perron et Irène Brochu |
JOSEPH PERRON
Pionniers de l'Abitibi
et
LÉONTINE MARCOTTE
Joseph Perron est né le 28 décembre 1898 à Saint-Alban dans le comté de Portneuf. Fils de Damase Perron et de Rose-Anna Bertrand, il était l'aîné d'une famille de 9 enfants, soit 7 garçons et 2 filles. Était-ce le destin? La création de l'Abitibi eut lieu en 1898 également! En effet, le 13 juin 1898, le Québec vit sa frontière s'étendre vers le nord, une partie des Territoires du Nord-Ouest devenant l'Abitibi, mot algonquin signifiant "eaux mitoyennes" ou "séparation des eaux", car sur ce territoire, l'eau s'écoule au sud vers le fleuve Saint-Laurent et au nord vers la baie d'Hudson.Léontine Marcotte est née le 16 novembre 1902 à Portneuf dans le comté de Portneuf. Fille d'Arthème Marcotte et de Félicité Frenette, elle était la dernière des filles et la 9e d'une famille de 11 enfants, soit 6 garçons et 5 filles.
Joseph (surnommé "Ti-Pit" par les gens de sa paroisse natale parce qu'il était plus petit que ses frères) décida, au printemps de 1916 à l'âge de 17 ans, de partir pour l'Abitibi avec son oncle, Théodule Bertrand, le frère de sa mère. Ils quittèrent Saint-Alban pour prendre le train à Saint-Marc des Carrières dans le comté de Portneuf.
Quatre jours plus tard, le train s'arrêta à Barraute en Abitibi. Impossible d'aller plus loin, car le pont de la rivière Laflamme avait été déplacé par la crue des eaux printanières. Ne voulant prendre aucun risque, les conducteurs du train décidèrent de faire descendre tous les passagers qui trouvèrent asile chez les colons de l'endroit. Le train put enfin continuer sa route, malgré le fait que les ruisseaux et les rivières inondaient la voie ferrée à certains endroits.
Joseph descendit du train à Landrienne et s'arrêta chez son cousin Léon Bertrand qui demeurait au rang VIII. Après quelques jours, Léon proposa à Joseph de travailler au défrichement de la route allant du village de Landrienne jusqu'à la ville d'Amos. Joseph accepta ce travail qui dura 4 mois. Il bûcha parmi un des 8 groupes de 15 à 20 hommes qui avaient de bonnes haches, de bons bras et beaucoup de courage. Ils réussirent à remplir leur contrat, satisfaits de leur travail. L'hiver, la plupart des hommes travaillaient comme bûcherons dans les chantiers forestiers. Au printemps, la drave sur la rivière Peter Brown occupait quelques travailleurs, mais occasionnait beaucoup de risques pour ces hommes qu'on appelait draveurs.
Pendant son séjour à Landrienne, Joseph marchanda des terres. Le 12 juillet 1916, il fit l'acquisition du lot 28 du rang VIII. L'automne venu, il retourna à Saint-Alban où il fit part à son père, Damase, de son projet de s'installer sur sa terre à Landrienne. Alors le père, voulant constater par lui-même, partit avec son garçon pour l'Abitibi. Une fois sur place, Damase se rendit compte, de par son expérience, que ce lot n'était pas propice à la culture. Damase examina le lot 11 du rang VII et il l'acheta le 21 octobre 1916 au coût de 60.00$. Damase songea un moment à s'établir sur cette terre avec sa famille, mais son épouse, Rose-Anna Bertrand, fut atteinte de la tuberculose. Damase et son fils retournèrent à Saint-Alban. Joseph y passa presque 2 ans.
"Ti-Pit" revint à Landrienne et, le 4 septembre 1918, devint propriétaire du lot que son père avait acheté 2 ans plus tôt. Il commença à en défricher un coin pour se bâtir tout en travaillant aussi à l'extérieur de sa terre. Il faut dire qu'en 1918, tout l'Abitibi était en forêt, y compris le lot à Joseph. Il se construisit une maison avec l'aide de son père et de son oncle. Il y vécut quelques années, mais le mal du pays le gagna si bien, qu'il retourna passer le temps des Fêtes à Saint-Alban à l'hiver de 1920.
Lors d'une des veillées propres à ce temps-là, Joseph fit la connaissance d'une jeune fille, Léontine Marcotte. Il ne mit pas grand temps à lui faire part de ses intentions de s'établir en Abitibi. Cela ne découragea pas Léontine, loin de là. Elle cacha même à ses parents son projet d'aller vivre à Landrienne avec Joseph. Le matin du 10 mai 1921, leur mariage fut célébré à l'église Notre-Dame de Portneuf et une grande fête en leur honneur égaya toute la journée. Joseph avait 22 ans et Léontine, 18 ans. Ils vécurent chez Damase Perron pendant 1 an, puis décidèrent d'aller s'établir en permanence en Abitibi.
Au printemps de 1922, Joseph, bien confiant, prit un train de marchandises avec quelques animaux et quelques instruments aratoires, dons de leurs parents respectifs. Il arriva à Landrienne 8 jours plus tard. Tous les gens qui le voyaient arriver, avec tout son roulant, étaient un peu émerveillés et peût-être même incrédules : "C'était le cultivateur de l'année". "Pit", plus heureux que jamais, prit possession de sa terre et commença à s'installer.
Léontine vint le rejoindre en juin de la même année. Joseph, tout fringant, se rendit à la gare de Landrienne aux guides de sa jument noire et de sa "quatre roues", voiture idéale pour ce grand jour. Malgré les 3 milles à parcourir où le cheval enfonçait dans la boue et les roues faisaient des sillons dans le chemin du rang VII, Léontine était heureuse de prendre possession d'une vraie maison en planches et non d'un camp en bois rond, comme c'était le cas pour presque toutes les autres épouses de colons arrivées avant elle. D'autant plus, qu'elle attendait son premier enfant.
Il vit le jour le 6 août 1922, c'était un garçon. Pour lui donner naissance, Léontine se fit assister par une sage-femme de la paroisse, Mme Arthur Audette, née Alberte Rivard. Quelques jours plus tard, on fit baptiser le nouveau-né qui reçu le nom de Lucien. Il fut un des premiers à être baptisés à Landrienne, avant même que l'église ne fut construite, car elle ne leva son clocher vers les cieux qu'en 1923. Puis, presque chaque année, un nouveau membre venant s'ajouter à la famille, Joseph dût agrandir la maison pour le confort de tous.
En plus de s'occuper de sa marmaille, Léontine, qui ne manquait pas de courage, dût porter main forte aux travaux des champs (même enceinte), car un homme seul ne pouvait fournir au labeur de tous les jours. De plus, pour subvenir à tous les besoins de sa famille, Joseph dût travailler à l'extérieur dans les chantiers d'abattage et au défrichement des chemins. Ceci l'obligeait à quitter sa terre des semaines entières et de laisser tous les travaux de la ferme à sa jeune épouse. Heureusement, elle reçut l'aide de Gérard Perron, le jeune frère de Joseph, qui s'installa également à Landrienne.
Malgré tout, Léontine trouva le temps d'aider les autres épouses de colons. Elle venait ainsi épauler les quelques femmes qui étaient arrivées avant elle. La paroisse se peuplant de nouvelles familles, la demande pour une sage-femme devenait de plus en plus grande. Ainsi, Léontine exerça son bénévolat de sage-femme pendant plusieurs années, en été à cheval, en hiver avec chiens et traîneau, "beau temps, mauvais temps". Nombreux furent les enfants de sa paroisse de Landrienne à qui elle put dire avec fierté : "Je t'ai mis au monde". Léontine fut également active dans son Cercle des Fermières. Ayant un courage à toute épreuve, Léontine dût attendre 9 ans, jusqu'en 1931, avant de retourner visiter sa famille dans sa paroisse natale de Portneuf.
C'est ainsi, que le temps passant et malgré des hauts et des bas, Léontine donna naissance à 14 enfants (6 garçons et 8 filles) : Lucien, Paul, Cécile, Thérèse, Jean-Guy, Germaine, Jeannine (qui décéda bébé), Philippe, Gaston, Léo, Jeannine, Madeleine, Pauline et Diane (qui décéda bébé également). Elle fut de tout temps une épouse fidèle, travaillante, une mère modèle et un support moral pour son mari et ses enfants. Très courageuse, confiante et croyante, elle l'était surtout et avant tout.
En plus, de toutes ses occupations régulières, Joseph participa au bien-être de sa paroisse de Saint-Barnabé de Landrienne. Il fut conseiller municipal en 1932, 1939, de 1941 à 1945 et en 1947, en attendant que ses fils et filles viennent prendre sa relève, ce qu'ils firent et pour différents postes. Mais, le 7 juillet 1964, une grande épreuve attrista toute la famille. Jeannine décéda de problèmes cardiaques à l'âge de 21 ans.
Malgré tout, ce fut un honneur et une joie profonde pour Joseph et Léontine, de voir leurs enfants se marier et s'établir près d'eux dans les rangs VI et VII de Landrienne, si bien qu'un jour, ce n'est plus les enfants qui arrivèrent, mais les petits-enfants. En mai 1971, une grande fête fut organisée pour célébrer leur 50e anniversaire de mariage. Quelle joie et quelle tristesse à la fois! Joie de voir en la famille réunie autour d'eux la récompense de leurs efforts et tristesse de se sentir un peu plus vieux en pensant à toutes ces années qui s'étaient écoulées, parfois rudes et sans pitié, sans trop s'en rendre compte.
En 1972, se produisit le coup dur de leur vie. L'étable et la grange passèrent au feu. Ils perdirent la presque totalité des animaux et quelques machineries agricoles. Quel désarroi au fond du coeur de voir une bonne partie de leurs efforts s'envoler en fumée en si peu de temps. Mais, l'émoi passé, après mûre réflexion et diverses consultations avec la famille, d'un commun accord, ils décidèrent de rebâtir. Quelques années plus tard, prenant de l'âge et voulant que ce bien demeure dans la famille, Joseph et Léontine vendirent la ferme à leur fils Philippe.
Ils s'installèrent au village de Landrienne où Joseph décéda d'emphysème pulmonaire, le 10 septembre 1976 à l'âge de 77 ans et 8 mois. Il fut inhumé dans le cimetière de Landrienne.
Léontine retourna vivre avec son fils Philippe, son épouse Thérèse Brochu et leurs enfants. Elle dût subir, une autre fois, l'épreuve de la perte d'un être cher, le 18 juin 1979, avec le décès de son fils, Paul, agé de 55 ans. Léontine décéda, à son tour, de complication pulmonaire dûe au diabète, le lendemain de ses 77 ans, le 17 novembre 1979 à l'hôpital Hôtel-Dieu d'Amos. Elle fut inhumée, au côté de son époux, dans le cimetière de Landrienne.
Joseph et Léontine ont laissé une importante descendance en Abitibi et ailleurs : 14 enfants, 58 petits-enfants, 88 arrières-petits-enfants, 11 arrières-arrières-petits-enfants et ça continue. Ces valeureux pionniers de la terre d'Abitibi, qui ont construit un coin de pays, peuvent être fiers à jamais de leurs accomplissements et des valeurs qu'ils ont transmises en héritage.
Merci, à vous deux !