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Dhû n-Nûn al-Misrî  (mort en 859 ou 860)

 

© Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg

 

Dhû n-Nûn al-Misrî (DNM) naquit en Haute-Egypte, de parents nubiens.

Comme Rabî'a al-'Adawiyya, il mettait l'accent sur l'amour de Dieu: Ô Dieu, dans la foule je T'invoque: ô mon Dieu ! Mais quand je suis seul, je T'invoque: ô mon Bien-Aimé !

La ma'rifa ou connaissance intuitive de Dieu  [voir aussi ici ]

La tradition rapporte que DNM a pour la première fois professé une théorie de la ma'rifa, de la connaissance intuitive de Dieu (gnose, au sens étymologique du terme), qu'il opposait au 'ilm, la connaissance discursive et intellectuelle (théologique): Le Connaissant ('ârif) devient chaque instant de plus en plus humble, car chaque instant le rapproche de Dieu. Les Connaissants vivent sans savoir,sans science qu'ils auraient reçue, sans observation, sans description, sans découverte et aussi sans voile. Ils ne sont pas par eux-mêmes, car s'ils existent, c'est qu'ils existent en Dieu Leurs mouvements sont provoqués par Dieu, leurs paroles sont les paroles de Dieu, qui s'expriment à travers leurs lèvres, et leur regard est le regard de Dieu, qui est venu dans leurs yeux. Car Dieu le Très-Haut a dit : Quand J'aime un serviteur, alors Je deviens son oreille, de telle sorte qu'il entende par Moi. Je deviens sa langue, de telle sorte que c'est par Moi qu'il parle et sa main, de telle sorte qu'il saisisse par Moi (hadith qudsi, in Sahîh al-Bukhârî 4.231) [un hadith qudsî est une parole divine extra-coranique citée dans la Sunna]

S'élever au-dessus de soi-même

Par l'accomplissement des oeuvres surérogatoires, s'élève au-dessus de lui-même, se débarrasse de son moi inférieur, et est investi des bonnes qualités de Dieu [histoire comparée des religions: une telle doctrine se trouve aussi dans la Bhagavad-Gîtâ], jusqu'à ce que finalement il vive entièrement en Lui et agisse uniquement par Lui.

La vénération correcte du Prophète en tant qu'exemple pour l'humanité

DNM a mis la vénération correcte du Prophète (sans exagération), en tant qu'exemple pour l'humanité, au centre de sa vie [sur l'amour pour le Prophète voir ici]: J'ai connu Dieu par Dieu, et j'ai connu ce qui est à côté de Dieu par l'Envoyé de Dieu et Le signe de celui qui aime Dieu est de suivre l'Ami de Dieu, c-à-d le Prophète, dans son éthique, ses actes, ses ordres et ses moeurs.

La majesté et le pouvoir infini de Dieu

DNM souligne la majesté et le pouvoir infini de Dieu. Inspiré par deux noms de Dieu dans le Coran, al-muh ("Celui qui donne la vie") et al-mumît ("Celui qui donne la mort"), il a ainsi décrit la situation du mystique: Personne ne voit Dieu sans mourir [ à soi-même], comme personne ne voit Dieu sans revivre, car Sa Vie est éternelle, et celui qui Le voit reste de manière permanente et éternelle en Lui. C'est déjà là la théorie du fanâ' (du "mourir à soi-même" pour vivre éternellement en Dieu (baqâ).

Il avait l'habitude de ranger les noms de Dieu par paires et triplets: Jamâl ("beauté éternelle") et Jalâl ("majesté éternelle") se résolvent en Kamâl "perfection éternelle")

La beauté de Dieu

Dieu, la perfection éternelle, à l'essence duquel aucune créature n'a un accès direct, se révèle aux hommes sous les aspects de la beauté et de la fascination, de la grâce et de la beauté, ou sous les aspects de la majesté, de la force et du pouvoir [phénoménologie religieuse: cf. le mysterium tremendum, et le mysterium fascinans de R. Otto]

Toute créature adore Dieu dans sa propre langue

Le Coran enseigne que toute créature adore Dieu,chacune dans sa propre langue, que ce soit le bourdonnement d'une abeille, le parfum d'une fleur ou simplement par le lisân al-hâl, "le fait qu'elle soit ainsi et pas autrement". Ainsi la création reçoit de nouveau un sens religieux, un sens que certains ascètes avaient perdu en dénaturant la création divine, en n'y voyant qu'un voile méprisable qui les séparait de Dieu.

Prière de Dhû n-Nûn al-Mis

Ô Dieu, je n'écoute jamais la voix d'un animal ou le bruissement d'un arbre, le murmure d'une source, ou le chant d'un oiseau, le souffle du vent, ou le grondement du tonnerre sans trouver qu'ils témoignent de Ton unicité et signalent qu'il n'y a personne d'autre comme Toi, Toi qui est Celui qui embrasse tout, l'Omniscient

Source: Annemarie SCHIMMEL, Dimensions mystiques de l’islam, Paris, 1997

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Dhû n-Nûn al-Misrî  Abû Yazîd al-Bistamî  Yahyâ b. Mu'âdh Al-Hârith al-Muhâsibî Tirmidhî

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