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Historique du Projet
Etienne Trocmé, Professeur à l'Université Marc Bloch de Strasbourg
Mesdames, Messieurs, chers amis,
Je ne voudrais ici répéter à l’infini des choses que j’ai déjà dites et écrites dans bon nombre d’endroits, vous me permettrez donc de concentrer mon exposé, concernant le projet d’enseignement de la théologie musulmane à l’université sur trois points, un rappel historique de quelques faits d’un passé qui n’est pas très ancien mais qui commence à dater un peu. Ensuite, j’essaierai de répondre à la question générale de l’enseignement de la théologie à l’université publique du point de vue disons politique. Je ne ma hasarderai pas sur le terrain juridique, où on nous entraînera tout-à-l’heure, avec la compétence que je n’ai pas. Et enfin, j’essaierai de présenter les grandes lignes du projet strasbourgeois sans revenir sur des détails pour ne pas lasser votre attention, mais en essayant de rappeler ses caractéristiques essentielles.
Donc, l’historique.
Il y a maintenant plus de dix ans que ayant été alerté par un certain nombre de gens qui pour la plupart sont encore de ce monde mais ne sont pas ici présents, sur l’importance qu’il y aurait à introduire un enseignement de la théologie musulmane dans l’université publique, je me suis décidé - j’étais alors président de l’université en fin de mandat - à faire un certain nombre de démarches dans les cabinets ministériels à Paris, ainsi qu’au cabinet de l’Elysée. Je ne vais pas vous relater ces démarches qui ont été modestes, que j’ai faites en particulier (mais pas toujours) avec Mohammed Akroun, et je peux dire simplement que du côté des autorités nationales j’ai eu l’impression de rencontrer un accueil assez favorable sans que cela ne déborde sur l’extérieur. Ce sont restés des contacts privés; une idée que je lançais avec à l’appui un petit document qui n’était pas encore très détaillé et l’on pouvait penser à la fin de l’année scolaire 88-89 que quelque chose se passerait sans doute.
Et puis est advenue la malheureuse affaire du foulard à la rentrée 1989 et on m’a fait comprendre, en particulier au ministère de l’Education Nationale, qu’on était bien assez embêté avec l’histoire du foulard, qu’on n’avait pas envie de se mettre sur les bras encore autre chose dans ce domaine-là.
Alors, j’ai repris mes papiers, je suis parti également à la retraite et je pensais que la question était réglée, dans le mauvais sens, mais réglée.
Et puis à partir de l’automne 1994, en vue de la préparation par l’université des science humaines, du plan quadriennal 1997-2000 qui est le mode de relation à l’heure actuelle, entre les universités et le ministère, les universités présentant un certain nombre de projets que le ministère s’engage à financer, dans la mesure où il le peut et le veut, donc, à l’occasion de la préparation de ce quadriennal, on est venu me chercher. On m’a d’abord fait savoir que ce serait peut-être intéressant de reprendre ce projet, et puis à l’automne 1995 le président Hamm, qui est encore en fonction et qui termine prochainement son mandat, m’a confié après un long entretien très chaleureux et très positif, la mission de lui faire un rapport sur le développement des sciences religieuses dans l’université des sciences humaines à l’occasion du futur plan quadriennal ; il m’avait demandé de lui faire un rapport avant le 31 décembre 1996.
Le rapport a été remis le 20 novembre 1996, pas tout-à-fait hier comme vous voyez. Ce rapport comportait deux parties essentiellement, l’une était le développement de la connaissance des religions pour les étudiants de toutes les filières pour palier leur ignorance croissante en matière religieuse, qui les gêne pour beaucoup d’enseignements, qu’il s’agisse de littérature, de langues vivantes étrangères, de philosophie, ou d’histoire. L’autre partie du rapport concernait la création d’un filière de théologie musulmane à l’université Marc Bloch de Strasbourg, qui avait d’ailleurs été expressément mentionnée dans notre entretien, et qui figurait de façon explicite dans la lettre de mission que le président Hamm m’avait confiée.
Le 31 janvier 1997, le président Hamm m’a demandé de venir présenter mon rapport au Conseil d’Administration de l’Université, élargi à un certain nombre de personnalités universitaires qui n’y siègent pas normalement. C’était une présentation qui ne devait pas aboutir à un vote, mais qui me permettrait de faire connaître le projet, et de répondre à des questions ou à des objections qui me seraient faites. Cette présentation s’est passée de façon extrêmement positive, j’ai trouvé un auditoire extrêmement intéressé, les questions qui m’ont été posées, dont beaucoup étaient pertinentes, étaient des questions plutôt amicales, et je suis reparti de cette séance avec une impression positive.
Et puis par la suite, je ne sais pas trop comment et pourquoi, on s’est mis dans l’idée de consulter les conseils des différentes UFR (donc les unités spécialisées à l’intérieur de l’université, il y en a 10), qui à mon sens n’ont pas compétence pour traiter des affaires générales de l’université, mais enfin c’était une décision présidentielle sur laquelle je n’avais pas été consulté et à laquelle je n’étais appelé à m’associer, d’autant plus qu’aucun des conseils d’UFR ne m’a demandé de venir expliquer quoi que ce soit au cours des délibérations.
Les résultats des délibérations des conseils d’UFR ont été mélangés semble-t-il, encore que je n’aie jamais eu connaissance de textes sauf le texte émanant de la faculté des sciences historiques qui l’a remis à la presse, et le texte de la faculté de théologie protestante que j’ai eu par communication personnelle, je ne sais donc pas ce qu’il y avait dans ces documents. La conséquence a été, et je pense que la formule n’est pas abusive, que le rapport a été mis dans un tiroir pour n’en plus ressortir.
Et l’attitude du président Hamm était visiblement que le temps n’était pas venu, que l’affaire n’était pas mûre et qu’on en parlerait par la suite.
La suite n’est pas venue très vite, et nous voilà à la fin du mandat du président Hamm, qui léguera à son successeur, dont je salue ici la présence à titre purement privé, bien sûr, la charge de traiter ce projet s’il le souhaite.
Parallèlement à cet enterrement, que je ne qualifierais pas de 1ère classe, car il était sans beaucoup de fastes, il s’est manifesté dans la presse un très grand intérêt pour ce projet et je crois que cet intérêt de la presse est intéressant parce qu’il reflète une évolution de l’opinion : il y a dix ans peu de gens s’intéressaient au problème en question.
Aujourd’hui une bonne partie de l’opinion semble penser qu’il faut faire quelque chose dans ce domaine, sans savoir exactement ce que l’on voudrait faire, et cette évolution de l’opinion incite les journalistes à multiplier les comptes-rendus, les interventions dans ce domaine-là.
A ce propos, permettez-moi de dire quelques mots de caractère personnel.
J’ai été par l’un ou l’autre, accusé d’avoir organisé une campagne de presse pour faire pression sur l’université des science humaines.
Alors qu’on me permette de dire ici, comme je l’ai dit à diverses personnes, que les contacts avec les journalistes n’ont jamais été provoqués par moi, que je n’ai jamais diffusé le texte de mon rapport à qui que ce soit ; j’ai renvoyé les gens qui voulaient l’avoir au secrétariat de la présidence de l’université qui l’a donné à qui voulait. Il l’a d’ailleurs fait largement et généreusement.
Je me suis toujours tenu strictement à la règle édictée par le président Hamm quand je l’avais consulté au moment du dépôt de mon rapport, pour savoir si j’avais l’autorisation d’en parler si on me sollicitait, à savoir : ne jamais présenter le contenu du rapport comme la politique de l’université, mais comme une proposition personnelle que je faisais à l’université.
Je regrette donc un peu qu’on m’accuse parfois d’avoir organisé une campagne de presse, de soumettre l’université des sciences humaine à une pression extérieure qui lui rendrait la décision difficile. Mais assez de ces propos de caractère personnel : passons maintenant au 2ème paragraphe : faut-il effectivement enseigner la théologie à l’université publique ?
Comme je le disais tout-à- l’heure, je n’ai pas la compétence juridique nécessaire pour me prononcer sur ce terrain -là.
Mais je voudrais réfléchir avec vous à quelques considérations qui me paraissent être des indications utiles, qui sont plutôt de nature disons politique.
Dès le moment où une religion a une certaine importance numérique dans un pays, (je laisse de côté la question de la grande tradition, de l’importance culturelle etc... je me limite à l’importance numérique d’un milieu religieux) la question se pose immédiatement de savoir si les cadres de ce groupe ne devraient pas être formés par l’université publique.
L’université publique s’est prise de passion pour la formation des gestionnaires d’entreprises qui n’ont rien à voir avec l’Etat ; pourquoi ne s’occuperait-elle pas aussi de former des gens qui seraient chargés d’encadrer, de diriger les groupes religieux ?
À cet égard, il y a deux solutions principales, si l’on examine la situation dans les différents pays du monde.
Il y a la solution des Etats-Unis, qui réserve l’enseignement de la théologie, soit à des universités privées, soit à des établissements ecclésiastiques, qu’on les appelle séminaires ou facultés. Aux Etats-Unis, aucune université publique n’enseigne la théologie. Les religions sont enseignées, mais d’un point de vue différent, comparatif etc... mais la solution est parfaitement claire, il y a une barrière complète, qui est liée à la constitution américaine, qui ne permet pas l’enseignement de la théologie dans les universités publiques, qu’il s’agisse d’une université d’état ou d’universités municipales. Il n’y a pas d’université fédérale comme vous le savez peut-être.
La deuxième solution, c’est la solution de l’Europe du nord-ouest qui considère que les universités publiques sont dans leur rôle, en enseignant la théologie des principales religions du pays tout en admettant l’existence d’établissements privés qui assurent eux aussi cet enseignement. Si on jette les regards par-delà les frontières, on constate, en Allemagne, en Suisse, en Tchécoslovaquie, en Tchéquie maintenant, en Hollande, dans les pays scandinaves, en Angleterre, etc... c’est la règle qui st adoptée et qui ne fait pas difficultés particulières avec quelques nuances suivant les pays.
La France comme on ne le sait pas assez à Paris, est à mi-chemin de ces deux solutions. L’université publique en France assure bel et bien un enseignement de la théologie à Strasbourg et à Metz pour les deux religions chrétiennes que sont la religion catholique et la religion protestante. Il y par ailleurs des établissement privés qui sont tellement approuvés par l’état qu’il leur verse de généreuses subventions pour leur permettre de fonctionner.
Nous avons donc, en France, un régime qui ressemble à la fois à celui des Etats-Unis et à celui de l’Europe du nord-ouest sans qu’on puisse dire de quel côté notre république décide d’aller.
L’islam étant devenue depuis plus de vingt ans la deuxième religion de France, la question de la formation de ses théologiens a surgi dans les conditions que j’ai évoquées incomplètement il y a un instant : depuis disons une dizaine d’années, des établissements privés ont été ouverts à cette fin à Bouteloin dans le Morvan, et à Paris, mais on ne peut pas dire qu’ils aient encore fait leurs preuves de façon définitive, puisque le nombre de diplômés qui sont sortis de ces établissements reste faible. Pourquoi ne pas confier un enseignement de la théologie musulmane à l’université publique aussi ? On ne voit pas bien au nom de quoi on refuserait d’enseigner la théologie musulmane alors que l’université publique enseigne la théologie chrétienne sous ses deux formes principales.
La question me paraît devoir être posée pour des raisons de simple justice à l’égard de l’islam de France, d’autant plus que le manque d’organisations regroupant tout l’islam de France a comme résultat que les établissements privés risquent d’être sous le contrôle d’une tendance particulière qui ne conviendrait pas aux autres musulmans de France ou encore, un cas plus fâcheux encore, sous la dépendance d’un pays étranger riche qui subventionnerait en posant quelques conditions.
J’ajoute que l’islam de France (on me permettra de le dire, bien que je ne sois pas musulman) a soif de reconnaissance sociale, et en dehors de la construction de grandes mosquées un peu spectaculaires, qui représente l’islam aux yeux es non-musulmans dans les villes principales, affaire qui concerne principalement les municipalités, la seule façon de montrer que la société française prend l’islam au sérieux, c’est, je crois, d’ouvrir l’université publique à l’enseignement de la théologie musulmane. C’est la rôle de l’Etat, et non-plus des municipalités, et l’Etat commence à prendre conscience de cette nécessité : tout le monde a appris par la presse que les collaborateurs de M. Chevènement, Ministre de l’intérieur, chargé des cultes, ont transmis au Ministère de l’éducation nationale un projet d’ouverture d’un institut de théologie musulmane qui se situerait sans doute à Paris, bien que la question ne soit pas encore définitivement réglée et M. Chevènement a eu l’occasion d’écrire à telle ou telle des personnes qui sont derrière cette table, pour dire que si le projet strasbourgeois prenait corps et si l’université se prononçait en sa faveur, il y aurait la possibilité d’ouvrir aussi un institut de théologie musulmane à l’université Marc Bloch de Strasbourg.
Alors permettez-moi de passer à ce qui est mon sujet principal : le projet strasbourgeois. Eh bien, ce projet se caractérise par la constatation que l’enseignement de la théologie à l’université publique doit et peut s’appuyer sur l’existence d’un environnement universitaire adéquat permettant d’éviter l’isolement, on pourrait même dire la ghettoïsation de cette filière qui menace s’il s’agit d’un institution privée installée aux champs ou dans les bois ou même dans la grande cité parisienne, sans avoir de lien direct avec un établissement universitaire. L’université Marc Bloch de Strasbourg, on me permettra de faire preuve d’un patriotisme étroit d’universitaire, est à mes yeux, en France, l’environnement le plus adapté à l’implantation d’un enseignement de la théologie musulmane. Pourquoi ? Eh bien parce qu’il y a déjà un gros département d’études arabes et islamique, dont les maître pourrait parfaitement participer à l’enseignement des étudiants en théologie musulmane, en particulier pour leur enseigner l’arabe coranique ; il y des départements d’études turques et iraniennes qui sont importants et qui ont des bibliothèques riches, il y de nombreux enseignements de l’histoire des religions dans les facultés de théologie, j’en ai un représentant à ma droite, mais aussi à la faculté des sciences historiques, et puis il y a la présence des deux facultés de théologie qui s’occupent de problèmes qui ne pourraient pas ne pas intéresser les théologiens musulmans, problèmes d’éthique contemporaine dans une perspective religieuse, problèmes de sociologie des religions, problèmes d’interprétation des écritures saintes, etc...
Je n’ai même pas parlé ce faisant des richesses absolument exceptionnelles de le Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg dans ce domaine, dans le domaine de l’orientalisme comme dans celui des religions monothéistes, et des bibliothèque d’instituts, en particulier les bibliothèques des facultés de théologie actuelles. Je rappelle, et ce n’est pas un hasard, qu’il y a dix ans que le centre d’acquisition et de diffusion d’informations scientifiques et techniques - CADIST (comme on dit dans le langage pas très beau qu’on emploie pour ces choses-là) - pour les sciences religieuses, est implanté à Strasbourg parce que les ressources des bibliothèques sont particulièrement riches dans ce domaine, et que le développement des ces bibliothèques doit permettre de mettre à la disposition des chercheurs de tout le pays une documentation vraiment complète.
Ma conclusion sur ce point, c’est que nulle part ailleurs en France, même à Paris, on ne trouve un milieu universitaire aussi favorable. Paris a des ressources incomparables, nous le savons tous, mais à Paris on n’arrive pas à rentrer dans la bibliothèques parce qu’il y a trop de clients, à Paris, es enseignements concernant les religions sont dispersés à travers plusieurs établissements, et il y a même à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (cinquième section, qui s’occupe des sciences religieuses) un mode érudit d’approche des sciences religieuses qui n’a pas grand chose à voir avec des études de théologie qui prendraient les étudiants au moment où ils quittent le lycée.
La proposition que nous faisons est de créer une filière complète de théologie musulmane.
M. Stehly vous parlera de ce cursus d’études dans un instant. Cette filière complète sera destinée à recevoir des étudiants qui viendront directement du bachot et qui souhaiteront avoir une formation complète en théologie musulmane. On pourrait procéder bien sûr par étapes. J’avais proposé que l’on commence par créer un enseignement des deux premières années, qui pourraient ensuite se prolonger, et souligné qu’il n’y avait aucune difficulté administrative ou juridique à la création d’un tel enseignement du fait des décisions antérieurement prises par les autorités nationales.
L’enseignement donné dans cette filière de théologie musulmane pourrait être assuré, je ne crois pas être exagérément restrictif en disant cela, par trois enseignants permanents seulement, un professeur et deux maîtres de conférence, postes qui seraient à créer, mais aussi par des professeurs invités venus des grandes universités islamiques du sud de la Méditerranée en particulier, et par les enseignants d’arabe, d’histoire des religions, de sociologie et d’éthique de l’université Marc Bloch. En d’autres termes, c’est très facile à organiser, et cela ne coûte pas si cher que cela. La création de trois emplois dans l’enseignement supérieur et les crédits destinés à permettre la venue d’enseignants du dehors ne sont pas des charges écrasantes, et c’est donc à la portée immédiate de l’Etat s’il souhaite prendre une décision dans ce domaine.
Les étudiants qui sont visés par cette offre de formation seraient des étudiants venus principalement de France et des pays francophones d’Europe puisque l’enseignement serait fondamentalement en français, comme c’est la règle dans l’université française, des étudiants donc avec le baccalauréat français ou un diplôme équivalent s’il s’agit d’étrangers.
On peut imaginer aussi que d’autres pays d’Europe fourniraient des étudiants ou même des pays à majorité musulmane, des étudiants qui sans forcément faire toute la filière, s’intéresseraient à participer à l’enseignement donné dans un pays comme la France et avec les méthodes scientifiques françaises. Combien y aurait-il d’étudiants ? Nous n’en savons rien, c’est une inconnue complète. Je serais disposé personnellement à prendre le pari qu’ils seront rapidement nombreux, car cela répondra au désir de formation d’un certain nombre de jeunes musulmans qui au terme de leurs études secondaires voudraient s’intéresser à une religion et qui ne savent pas à l’heure actuelle vers quoi se tourner pour avoir une formation complète et riche.
À mesure que l’institution dont la création est proposée se renforcera et se développera, on peut envisager pour elle un statut d’institut selon l’article 33 de la loi Savary sur l’enseignement supérieur qui est l’article utilisé pour les instituts universitaires de technologie et pour les deux facultés de théologie de Strasbourg et qui assure à ces établissements, tout en restant à l’intérieur de l’université, une certaine autonomie qui leur permet de s’organiser un peu plus librement que s’ils étaient pris dans le système général de l’université. En particulier, on peut rappeler que les crédits de ces instituts leur sont donnés directement par le ministère et ne peuvent pas servir à d’autres fins à l’intérieurs de l’université. Par ailleurs, la loi prévoit un conseil d’administration propre à de tels instituts et toujours présidés par une personnalité extérieure qui pourrait être pour l’institut de théologie musulmane une personnalité musulmane connue et respectée et serait donc responsable de l’orientation générale de cet institut.
Reste à dire un mot, Mesdames et Messieurs, des objections qui ont été présentées contre un tel projet. Elles relèvent principalement des craintes irrationnelles qui malheureusement empoisonnent les relations entre l’islam de France et nos concitoyens non musulmans. Ces craintes irrationnelles, il faut arriver à les dissiper, et je pense qu’on y arrivera peu à peu, je crois qu’on a fait des progrès non négligeables, mais enfin il reste beaucoup à faire. Il y a une autre objection que je voudrais mentionner, c’est la peur de renforcer à cette occasion le statut local des Eglises et de l’école que certains rêvent toujours de faire disparaître 80 ans après le retour de l’Alsace à la France. Cette appréhension me paraît sans consistance, pour le dire sans indulgence. L’existence de facultés de théologie n’est pas liée juridiquement au statut local de l’Eglise et de l’école, ce sont des décisions particulières qui peuvent être prises sans que le statut local soit en jeu ni pour le développer, ni pour le maintenir, ni pour le supprimer.
À l’inverse, je pense que Strasbourg l’Européenne est à même de faire échapper sans peine l’enseignement de la théologie musulmane au cadre purement local, et même au cadre purement national. Nous somme situés en un lieu qui permet que s’intéressent à un enseignement de la théologie musulmane non seulement des Français, mais aussi beaucoup d’Européens et beaucoup d’autres venus du dehors de l’Europe.
Je pense pour ma part que Strasbourg est le choix qui s’impose. on peut m’objecter qu’en France tout se passe à Paris. Je voudrais simplement éviter que cette tendance néfaste ne se poursuive pour l’enseignement de la théologie musulmane. Merci de votre attention.