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A. BOUSSOUF - Recteur de la mosquée de l’impasse de Mai - Strasbourg.
D’abord, je profite de l’occasion pour rectifier certaines choses.
Mr le Président Trocmé a dit tout-à-l’heure qu’il y a eu un silence vis-à-vis de ce projet ; je suis là pour témoigner, pour dire non, pour dire que depuis 1989/1990 nous nous sommes exprimés en faveur de ce projet et à plusieurs reprises, et le Président Trocmé a été invité, il a participé à différentes activités, je Cite le colloque sur l’Islam et les musulmans en Europe qui était organisé en novembre 1996 par le Parlement Européen et M. Trocmé a pris la parole et a eu le soutien ce jour-là d’une grande majorité des musulmans d’Europe, pas uniquement de France mais d’Europe. Récemment le 9 mai, M. Trocmé a pris la parole à Strasbourg au palais des congrès dans un colloque organisé par notre association sur les problèmes d’identité, il y avait au moins 500 jeunes qui étaient présents et ont donné leur soutien, et moi-même j’ai réaffirmé mon soutien ce jour-là.
Pour revenir à ce qui a été dit tout-à-l’heure, je crois que personne n’a jamais parlé de formation de imams dans le cadre de ce projet ; le rapport Trocmé n’a jamais parlé de formation d’imams, il parle de formation de théologiens. Les autres utilisent le terme de savant, mais pas de formation des imams, la formation des imams est du devoir de la communauté musulmane de France. Et dans les deux projets de mosquées présentés à M. le Maire de Strasbourg, je crois qu’il y a un volet réservé pour la formation des imams qui sera en complémentarité avec le projet de faculté. La question ne se pose pas, les imams seront formés par la communauté, mais l’université doit se charger de la formation des théologiens, des savants, qu’ils soient musulmans ou pas. L’importance de ce projet pour moi, c’est qu’il peut être un facteur très important de la normalisation. La normalisation des relations de l’Islam avec la société, la normalisation des relations de l’Islam avec l’Etat. Que l’Islam puisse accéder à travers ce projet à une situation, dans laquelle il ne sera plus considéré comme un phénomène exotique, comme une religion à part, et parfois dangereuse. C’est-à-dire de pouvoir accéder à un autre statut comme une religion normal, comme les autres religions. C’est très important. C’est pourquoi je suis là, pour exprimer mon soutien à ce projet. Mais je crois que ce matin, on a avancé pas mal d’arguments, en faveur de ce projet, il n’y a pas grand chose à dire ; tout de même, j’insiste sur l’existence des lieux de formation actuels en France pour les musulmans et en Europe de manière générale.
Il y a quatre points qui m’incitent à soutenir ce projet :
Le premier, c’est qu’il est très difficile en ce moment de parler d’un institut privé pour la formation des cadres. Je ne parle pas des imams, il y a un institut qui s’occupe de leur formation ; c’est très difficile en ce moment, parce que la situation financière de notre communauté ne le permet pas. Alors la précarité, c’est un fait qui menace à long terme n’importe quel projet privé. Il ne peut pas y avoir de projet à long terme, on l’a vu depuis quelques années avec la guerre du Golfe, beaucoup d’associations ont subi les conséquences de cette guerre sur le plan financier. Ce statut de précarité ne permet pas aujourd’hui aux musulmans d’être à l’initiative des instituts privés comme l’université catholique de Paris etc...
Le deuxième point est l’absence de personnel qualifié ainsi que les programmes d’éducation. Il est très difficile de dire qu’il y a des personnels qualifiés pour enseigner.
Le troisième point, et c’est le plus grave à mon avis, il n’y a pas de reconnaissance officielle du diplôme des instituts privés, cela veut dire que les jeunes qui ont passé quatre ans et parfois plus se trouvent face à une non reconnaissance de diplôme et c’est très grave. Au sujet de la non reconnaissance, pas uniquement en France, parfois même dans les pays musulmans, j’ai une citation à vous faire, la phrase est contenue dans une publicité de l’université islamique de France, je cite : " les diplômes de l’université islamique de France ne sont pas reconnus par l’Etat français, mais pourraient l’être prochainement par des universités du monde musulman. " Je crois que c’est le plus grave handicap et cela m’incite à soutenir ce projet, dans un cadre universitaire où la reconnaissance du diplôme ne se pose pas, car pour les jeunes, l’investissement de quatre ans nécessite une reconnaissance. Je connais des exemples en France et ailleurs, en Belgique, de jeunes qui ont suivi une formation à l’institut d’études islamiques de Bruxelles, suite à quoi il a été difficile pour eux d’être acceptés dans les universités belges ou française ou dans le monde musulman pour poursuivre leur troisième cycle. Ici en France c’est la même chose. Alors c’est un vrai handicap, c’est pour cela que ce projet de faculté dans un cadre universitaire peut permettre aux jeunes musulmans d’avoir des diplômes valorisés, reconnus, et pourrait permettre l’insertion sociale, ce qui est très important.
Mais je reviens à notre problème, aujourd’hui en France, à chaque fois qu’on parle d’un projet pour les musulmans, qu’il soit faculté, qu’il soit mosquée, qu’il soit école, qu’il soit repas hallal, qu’il soit aumônerie, il faut ramer, M. Trocmé le dénonce depuis 1989. À chaque fois il y des réticences, des réserves, il y a des soupçons, et pour nous les musulmans de France, on n’arrive pas à comprendre pourquoi, parce qu’il s’agit du principe d’égalité, donc on doit bénéficier du même traitement que les autres religions. La théorie est une chose (possible), la réalité en est une autre.
Je vous donne un exemple : pour avoir une autorisation d’aumônier, on rame depuis 1985, voilà une semaine que nous avons enfin l’autorisation, presque 13 ans !
Le quatrième point