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M AYACHI - Représentant de la mosquée de la rue Thiergarten - Strasbourg.
Je voudrais d’abord remercier les organisateurs de ces journées d’études de m’avoir invité.
Je voudrais avant tout me présenter. Je suis président de l’Association Islamique de l’Est de la France qui est implantée en centre ville, rue Thiergarten, où nous détenons un lieu de culte (une mosquée avec des salles pour l’apprentissage de la langue arabe, et un local réservé aux femmes), je suis aussi le délégué régional de l’Est de la France de l’Union des Organisations Islamiques de France, je suis enfin maître de conférences à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg : une petite déformation professionnelle qui me conduira à aire une comparaison entre la création d’une faculté de théologie et la création d’une autre UFR à l’Université Louis Pasteur (ULP).
Pour ce qui est de la création d’une faculté de théologie musulmane à Strasbourg, le besoin existe, c’est une évidence. Surtout pour les nouvelles générations d’enfants de musulmans qui naissent en France, car ils ont besoin d’une formation sur leur religion. Donc un enseignement et un ensemble de savoirs et de connaissances, c’est certainement quelque chose qui leur sera très utile. D’autre part, il y a le proverbe arabe qui dit : l’homme est l’ennemi de ce qu’il ignore, donc si cette faculté de théologie pouvait contribuer à faire connaître l’Islam aux musulmans eux-mêmes, ce serait un grand acquis, parce que les musulmans eux-mêmes, s’ils ne connaissent pas leur religion peuvent devenir indirectement l’ennemi de cette religion, lui porter préjudice. Cette faculté de théologie devrait aussi expliquer, faire connaître l’Islam aux français, français moyens qui - dans beaucoup de cas - ne retiennent de l’Islam que les mauvais souvenirs du colonialisme, voir même les croisades.
Par ailleurs, je voudrais dire un mot, mettre un bémol dans tout cela et faire la différence entre créer une faculté de théologie qui apporte un ensemble de connaissances sur l’Islam d’une part, et créer une centre de formation pour Imams d’autre part, c’est-à-dire un personnel chargé de l’éducation des enfants surtout, et chargé de guider la prière dans les mosquées d’une façon générale, chargé d’accomplir toutes les fonctions qu’accomplit un Imam dans une mosquée. Là, je dirais qu’il y a une différence, parce que dans un cas je comparerais justement une faculté de théologie à une formation - donc vue de mon côté à l’ULP - de maîtrise, alors qu’une formation d’Imam serait plutôt quelque chose d’orienté vers l’industrie, comme dans un IUT ou une école d’ingénieurs. On ne peut pas concevoir une formation dans un IUT ou dans une école d’ingénieurs sans avoir de contacts directs avec l’entreprise, avec des industriels. On ne peut pas, par exemple dans une région de France où les entreprises ne font pas de nucléaire, faire un DUT de mesures physiques, ce sont des gens qui ne trouveront pas d’emplois dans la région. Dans un cas, il s’agit de donner un champ de connaissances très large mais pas suffisamment orienté vers un emploi déterminé, dans un autre cas, c’est une formation très ciblée en contact permanent avec le patronat, celui qui va embaucher, avec les industriels, par analogie les lieux de culte, les mosquées, les musulmans eux-mêmes qui vont embaucher les diplômés. Par contre, on peut très bien concevoir qu’après une maîtrise il y a des années de spécialisation, comme un DESS, on peut déjà après la maîtrise faire de la recherche, après la maîtrise on peut intégrer une école d’ingénieurs, on peut très bien concevoir qu’une faculté de théologie soit une formation ouverte à tout le monde, que l’on soit musulman ou pas, ce serait certainement bénéfique, mais pour former des cadres religieux, pour former des Imams très exactement, il faudrait passer par une institution qui elle-même à mon avis, doit être gérée par les musulmans. Parce que la société musulmane est basée sur des principes de foi et de bonne conduite, cette liaison entre les valeurs et la pratique constitue le coeur même de la religion musulmane : pour être un bon musulman, il faut que la foi se reflète par un bon comportement portique, oral au quotidien, donc il va de soi que quand il s’agit de former des cadres religieux, éducateurs, autrement dit des imams, on ne peut pas se contenter d’un ensemble de connaissances, il y des règles de morale que doit respecter cet imam.
Réactions aux interventions :
1) Je voudrais apporter une petite précision concernant ce que j’ai entendu dire sur les instituts privés de formation de cadres religieux musulmans. Je prendrais l’exemple de l’Institut Européen des Sciences Humaines puisqu’il fait partie des réalisations de l’Union des Organisations Islamiques de France, dont je fais partie, et comme mn épouse est professeur dans cet institut, je suis moi-même membre de l’association de l’Institut Européen des Sciences Humaines à Chateau-Chinon. J’ai entendu dire qu’il y a un problème de financement (financement étranger) je peux vous dire que cet institut est crée depuis maintenant 6 ans, nous sommes à la deuxième promotion, cette année sortira la deuxième promotion de quatre ans d’études. Cet institut est actuellement aux environs de 70% d’autofinancement et c’est une courbe qui évolue depuis la première année jusqu’à la sixième année parce que tout simplement, comme toute institution musulmane, il y d’une part le financement qui vient des étudiants eux-mêmes, ce ne sont pas des études gratuites, l’étudiant paie au début de l’année, et surtout, il y a le principe du waqf (biens immobilisés dont le rendement est versé pour le financement de lieux de cultes ou similaires), c’est-à-dire qu’en parallèle avec l’institut il a toujours à côté des activités qui rapportent de l’argent, la location des locaux pour des colonies de vacance en été etc... il y a aussi des gens qui pensent à autofinancer ce projet-là.
2) Reconnaissance des diplômes : nous avons ici parmi nous dans la salle quelqu’un qui est diplômé de cet institut-là et il vous dirait que le diplôme des quatre ans de sharia (droit musulman n’est pas un diplôme d’Imam : l’imam trouvera son emploi dans les mosquées, donc on ne lui demandera pas de continuer ses études, mais pour les gens qui veulent continuer des études, d’abord ils ne sont acceptés qu’avec le baccalauréat et pour faire les quatre ans de sharia , passé les quatre ans, il y a reconnaissance des diplômes petit à petit, cela ne se fait pas du jour au lendemain, mais plusieurs étudiants après les quatre ans de sharia ont pu s’inscrire à un DEA et faire des études supérieures.
3) Absence de cadres formateurs : les cadres formateurs il faut les trouver, je ne pense pas qu’il y en aurait moins pour un institut privé que pour une faculté de théologie. Les instituts privés, à mon avis, existent et continueront à exister en même temps que les facultés, les établissements étatiques, d’ailleurs je ne vois pas pourquoi il y aurait une différence entre un institut privé musulman et les instituts privés des autres religions, les autres religions ont leurs instituts privés et je pense que l’Islam a droit à ses instituts privés de la même manière que les autres religions.
4) Les véritables problèmes auxquels se sont heurtés ceux qui ont crée l’Institut Européen des Sciences Humaines, ce sont des problèmes d’une part avec l’Etat, les inspecteurs des renseignements généraux étaient périodiquement en contact avec les responsables, donc il y quelque part un soupçon, qui était tout-à-fait injustifié ; je ne vous raconte pas les réactions du Front National ; ça va jusqu’à la direction des impôts qui met l’institut dans son collimateur et qui regarde se financements à la loupe ; pourquoi cet acharnement, voilà une véritable question, voilà le véritable problème auquel se heurtent les musulmans quand ils veulent faire eux-mêmes quelque chose. Tout le monde connaît très bien l’enjeu stratégique d’une telle institution : il y a quelque part un enjeu stratégique sur la communauté, celui qui forme le cadre religieux de la communauté va directement ou indirectement contrôler cette communauté, ou une partie de cette communauté, donc, c’est de là que viennent d’abord les problèmes avec l’Etat français et d’autre part, avec la communauté, avec certaines composantes de la communauté elle-même. Les musulmans sont multiples comme l’a dit Eric Geoffroy, ils ont des origines diverse et à l’intérieur même de la communauté musulmane - pourquoi un tel fait cela et moi je ne le fais pas ? - et cela va jusqu’à critiquer un imam qui a été formé par cet institut-là, quand il arrive dans une ville, si cette ville a un problème avec l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), on va critiquer cet imam-là, alors qu’il a bénéficié d’une formation qui à ma connaissance est très bien faite, une formation complète. Pour le moment c’est ce qu’il y a de mieux sur le terrain français comme formation pour un imam. Pour un imam qui va exercer par exemple en Arabie Saoudite, ce n’est pas l’idéal, mais pour un imam qui va exercer en France, à ma connaissance, pour le moment il n’y a pas mieux.