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La Charte, bien, et après ?

Réunion le 5 octobre 1998, à l'Hôtel du département du Bas-Rhin, autour de M. Bernard Poignant, Maire de Quimper, qui a remis début juillet au Premier ministre son rapport Langues et Cultures Régionales. Exposé de la philosophie de ce rapport qui a été amorcé l'an dernier par la députée Nicole Péry, nommée entre-temps Secrétaire d'Etat. Merci à Armand Jung, député du Bas-Rhin, organisateur de la réunion, de nous en avoir communiqué le texte, dont l'argumentation circonstanciée, prudente, faisant appel autant à la raison qu'au sens de l'intérêt nationale bien compris, devrait vaincre les réticences de ceux qui ici et là craignent encore pour l'unité de la République.

Je crois, écrit M. Poignant, qu'il est temps de sortir de l'hypocrisie. Les temps - et les esprits - semblent mûrs, enfin. C'est le moment ou jamais, avec ce gouvernement de gauche et un président de la République qui, le 29 mai 1996 déjà, en visite en Bretagne, n'avait pas hésité à comparer la situation des langues régionales dans l'Hexagone à celle du français face à l'anglais. Peut-être excessif, car la francophonie se porte bien ! Voilà le bon moment de bâtir une politique cohérente et suivie en matière de langues et cultures régionales et il faut donc, acte symbolique, gage de sincérité, ne plus tarder à signer la fameuse Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

Le faire ne pourra que . Quand la France exalte la francophonie, son crédit serait plus fort si elle s'engageait dans une réelle reconnaissance de sa diversité culturelle et linguistique.

Gageons que le Conseil Constitutionnel n'ait plus d'objection majeure à opposer à la signature de cette Charte et que la France, en des temps proches, la ratifie, ce qui impliquera non seulement une reconnaissance, un respect, des langues régionales ou minoritaires, mais la volonté de les promouvoir, afin de les sauvegarder. Et où il y a une volonté, les moyens doivent suivre. Ces moyens ne pourront être élaborés concrètement, d'une manière adaptée au terrain et aux besoins, que par les acteurs régionaux eux-mêmes, et non par l'administration nationale. Les discussions s'étaient d'emblée placées sur le terrain des applications, en aval donc du rapport, le grand problème sera celui de la formation des maîtres qui enseigneront la culture régionale et, sur les sites bilingues, la langue régionale. Ils ont besoin d'une formation spécifique, spécialisée, approfondie, assurée au niveau des IUFM et des universités. On ne devrait pas pour cela régionaliser les CAPES, par exemple, on leur conservera un caractère national commun, mais il faudra leur ajouter des épreuves sanctionnant une formation en langues et cultures régionales. La mention , qui peut être obtenue au CAPES d'Allemand, apparaît comme un premier pas, un essai qu'il serait vital de confirmer et d'élargir. Mention histoire et géographie régionales au CAPES d'Histoire. Mention économie régionale au CAPES de Sciences économiques et sociales.

En Alsace, on envisagerait également une mention au CAPES Lettres Modernes, puisqu'une telle littérature existe et qu'elle fait partie de la culture régionale, qui ne se limite point à la seule connaissance de la langue régionale. Celle-ci, en Alsace, étant l'allemand sous ses deux formes, le haut-allemand et les dialectes, une formation approfondie en dialectologie, théorique et pratique, s'imposerait, partie intégrante des études germaniques.

Comment rendre effectives ces formations si les universités n'ont pas suffisamment d'autonomie pour les organiser et s'il n'existe pas un Pouvoir (Conseil) régional ayant l'autorité nécessaire pour en décider politiquement, les moyens financiers et structurels - institutionnels - relevant alors de sa responsabilité ? On voit qu'au-delà de la Charte européenne, de sa ratification, il faudra continuer le combat. Continuer la réforme de la décentralisation. Ce que M. Bernard Poignant appelle fort justement - et audacieusement - le choix girondin. Un choix nullement contradictoire avec les idéaux et les formes de la République. Plutôt que de laisser, par frustration et ressentiment, se développer des , entendons-nous pour mettre en chantier un régionalisme républicain, dit-il, dont la Charte tout entière ne représentera que le préambule.

Jean-Paul Sorg