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L'IMAGE DANS L'ISLAM

© Ralph Stehly, Professeur d’histoire des religions, Université Marc Bloch,  Strasbourg

 

Des caricatures du Prophète Mohammed initialement publiées en septembre 2005 dans le journal danois Jyllands Posten (= Le Courrier du Jutland), puis reprises par d'autres journaux européens ont provoqué une tempête d'indignation chez beaucoup de musulmans.

A ce propos l'historien des religions fera remarquer que dans toute religion il y a des domaines sacrés auxquels on ne touche pas. La personne de Mohammed est l'objet d'une révérence immense dans tout l'islam (mais non d'une adoration, comme Jésus dans le christianisme). Cette révérence s'exprime notamment par l'interdiction de la représentation de sa personne ( par crainte de l'idolâtrie), comme d'ailleurs de tous les autres prophètes et personnages importants de l'histoire du salut reconnus par l'islam (notamment Noé, Abraham, Moïse Jésus, Marie etc...). Dans les mosquées, il y a une absence totale de représentations figurées: seuls sont tolérés les motifs végétaux et géométriques. Il n'y a évidemment pas de statues ni dans les mosquées, ni dans la civilisation musulmane classique. Tous les films sur la vie du Prophète, même ceux tournés en occident (comme Le Message avec Antony Quinn), ont respecté l'interdiction de la représentation du Prophète. Le Prophète n'y apparaît jamais.

La charia prévoit des peines sévères pour les insultes à l'égard du Prophète et de tout les prophètes reconnus par l'islam (y compris donc Moïse et Jésus), assimilés à un blasphème.

Ce genre d'interdit est d'autant moins compris en Europe, que la notion de sacré s'y est beaucoup affaiblie ces dernières décennies. L'islam possède sa langue sacrée, l'arabe,  qui est bien vivante, y compris dans les pays non arabophones, l'Europe a perdu depuis longtemps la sienne, le latin. La Réforme protestante au 16ème s. l'a fait vacillé en adoptant dans le culte les langues vernaculaires et en traduisant la Bible dans les différentes langues nationales, les intellectuels d'Europe l'ont encore affaibli en passant progressivement aux langues nationales (ce processus se termine à la fin du 19ème s. avec les dernières thèses universitaires en latin) et le concile de Vatican II (1962-1964) lui a donné le coup de grâce en l'abandonnant dans la liturgie de la messe.

L' interdit de l'image a en général été respecté dans l'ensemble du monde musulman, sauf dans le monde persan où il existe des miniatures mettant en scène le Prophète (l'une est représentée dans Le Monde du 5-6 février 2006).

Il est à remarquer qu'aucun verset du Coran ne fait allusion à cet interdit et qu'il est faiblement attesté dans la Sunna.: dans le Sahîh de Bukhârî il est dit que le Prophète ne s'asseyait pas sur des coussins comportant des dessins de ramages ou des personnages ou qu'il ordonnait de les faire disparaître: Ainsi nous est-il dit en Bukhârî, Sahîh 8.15.1 qu'Aïcha avait une étoffe avec des ramages dont elle avait fait un store dans un coin de sa chambre; voyant cela le Prophète s'écria: Fais disparaître cette étoffe à ramages, car ces dessins ne cessent de m'occuper devant ma prière"..

 

Copyright Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions. Reproduction interdite, sauf dans dans un but non-commercial, et à condition de mentionner la source et l'auteur

                    

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04.10.2002